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Les pertes humaines

Comme la quasi-totalité des communes rurales de France, Plassac a payé un lourd tribut à la Grande Guerre. 41 morts dont 3 de l’Ile Verte sur une population de 1154 habitants recensés en 1911. Ils sont tous dans la force de l’âge : le plus jeune a 20 ans, le plus âgé 42. Ils sont, pour la majeure partie, cultivateurs. Ils servent presque tous dans l’infanterie de régiments régionaux, en particulier le 57e R.I. et le 144e en casernement à Blaye. 4 sont caporaux, un est sergent moniteur pilote, un autre est aérostier, un dernier, inscrit maritime, est marin sur le "Cassini", bateau mouilleur de mines, qui fera naufrage en 1917. (1)
Chaque fois que la notification officielle de la mort d’un soldat parvenait à la mairie, c’est Nicolas LOIRAT, le maire, en costume noir, accompagné du garde-champêtre DENECHAUD qui allait annoncer la funeste nouvelle. (2) Dans une petite commune où les liens de parenté étaient très étroits, aucune famille ne fut épargnée.

 

La décision de construction du monument

Comme dans tous les villages, la population fait pression pour qu’un monument à hauteur de l’épreuve soit érigé. Le Conseil Municipal vote le 8 février 1920 la décision de la construction de ce monument. Le 10 avril 1921 un comité d’érection est désigné : son président d’honneur est le maire Pierre CARTAUD, le président est Jean MALLET, conseiller municipal, le trésorier est Ernest DUPAQUIE, curé de la paroisse. Neuf autres membres participent au choix du monument et au montage financier.(3)

 

Le financement

La dépense prévue est très importante : 11000 francs (4) ce qui est difficile à supporter pour un budget communal aux maigres ressources. Une première souscription est lancée et rapporte 4834,05 francs. On est loin du compte et le Conseil décide une nouvelle souscription : 2321 francs sont trouvés ; le complément sera couvert par une somme de 3444,05 francs prélevée sur le budget additionnel. Entre temps, les devis amènent à une dépense totale de 10700 francs. La mairie fera une demande de subvention auprès de L’État, dans le cadre de la loi du 25 octobre 1919, qui prévoit une aide « aux communes qui voudraient glorifier les héros morts pour la Patrie ». Cette incitation, certes très modeste, est inscrite dans la loi de finances de 1920. La dotation de L’État sera de 460,72 francs accordée par arrêté du 18 novembre 1921, soit 3,91% de la dépense……

Le choix du monument

C’est au comité d’érection de faire le choix du monument. Le projet est mis au point par  Albert MAURIN, architecte à Bordeaux. Le socle en pierre est commandé à Paul LAROCHE, entrepreneur à Plassac et les chaines seront fabriquées par Jean CELERIER, serrurier dans la commune. Reste le choix du sujet commémoratif. Les constructeurs se font une concurrence acharnée auprès des mairies et proposent leurs modèles sur catalogue avec les prix, les conditions de livraison. Le comité choisit un « poilu en fonte de fer bronzée ton médaille » proposé par les Fonderies et Ateliers de Construction du Val d’Osne. Le modèle est du sculpteur Ch. POURQUET et il apparait en premier plan dans le hall d’exposition des Fonderies à Paris. Il s’agit d’un fantassin de belle taille -2,10m- armé d’un fusil baïonnette au canon. Son casque est orné de feuilles de laurier, symbole des vertus militaires. Il terrasse un aigle couché sur le dos. Un casque à pointe a roulé derrière lui. Les dates indiquent 1914-1919 pour honorer aussi ceux qui sont morts, après l’armistice, des suites de la guerre.

 

L'emplacement

Le comité doit enfin régler le problème de l’emplacement. Deux lieux sont envisagés : l’un près de l’école, dont les bâtiments sont mitoyens avec la mairie; les enfants pourront ainsi voir le témoignage du sacrifice de leurs aînés, l’autre se situe sur la place de l’église en remplacement  de la croix de cimetière datée de 1820 (5). Le monument peut être vu lors des cérémonies religieuses. C’est ce dernier emplacement qui est retenu «  par la majorité des habitants après consultation »(6) qui fut proposé par le comité et adopté par délibération du Conseil Municipal.
Le socle est construit « en pierre de Marcamps de premier choix » comme le précisait le devis. Un surcoût de 952,90 francs est accepté pour des fondations plus profondes, à cause de l’état du terrain. Quant à la statue du poilu, elle arrive, par train, dans une caisse en bois consignée en gare de Plassac, accueillie par les autorités. L’inauguration a lieu le 9 octobre 1921, en présence du Sous-Préfet Mr. BIZARDEL , de Maxime CHASSELOUP, Conseiller Général, maire de Blaye, du maire de la commune Pierre CARTAUD.

 

Pendant la guerre 1939-1945

Après l’armistice de 1940, Plassac se trouve en zone occupée et les belles demeures de la commune sont réquisitionnées. Un officier allemand loge dans une maison, dont la façade domine la place du monument aux morts et il voit tous les jours cette image de l’ humiliation de 1918. Il demande l’enlèvement de cette statue,  qui lui est refusée par le député-maire Emile GELLIE et le maire-adjoint Henri HERAUD négocie un compromis. Alors il donne l’ordre à ses soldats de couper le bout des ailes, la queue et la tête de l’aigle ; le symbole de l’Allemagne vaincue disparaît. Les morceaux de bronze ainsi coupés et abandonnés sont récupérés par les cantonniers et cachés dans les archives de la mairie. A la Libération, ils seront ressoudés par Mr. BOUTEILLER, artisan dans la commune. Le monument retrouve alors son ancienne et fière allure, mais les traces de soudure sont bien visibles (7).


S’ajoutent sur la liste des victimes, les noms des disparus de la deuxième guerre mondiale : un mort en déportation, un otage fusillé à Souges, un fusillé dans la Résistance et quatre tués lors du bombardement de Blaye, le 5 août 1944. La commune déplore aussi une victime pendant la guerre d’Indochine.

 

Les évènements récents

Au moment de célébrer le cinquantenaire de la fin de la deuxième guerre mondiale,  l’association du Souvenir Français et les anciens combattants constatent le bris de la baïonnette du fusil… bris dont l’origine est restée inconnue. Le président Auguste VALLA et son équipe, qui ont œuvré pour la rénovation du monument, demandent au Service du Matériel de l’Armée de Terre de remplacer le morceau manquant, ce qui fut réalisé par le Major ZIMMER en octobre 2006. Encore une soudure ! (8)
                                                                   

NOTES
  1  La liste officielle est conservée dans les archives de la mairie. Un document porte la signature des familles acceptant l’inscription sur le monument
  2  Renseignement recueilli auprès de Madame SAQUARY lors des rencontres avec les anciens de la commune dans le cadre de « la mémoire de Plassac
  3  4  5  6   Cahier des délibérations du Conseil Municipal.
  7  Témoignages d’anciens de la commune et d’ Henri HERAUD fils. 
  8  archives du Souvenir Français communiquées par son Président Georges VACHER.