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La fondation d’une association de défense du patrimoine, comme l’est notre société, ne peut se réaliser que s’il y a rencontre entre un patrimoine historique important et une volonté d’appropriation par les habitants de la commune. C’est ce qui s’est produit à Plassac.

Un riche passé historique

Le passé historique de Plassac est révélé au XIXe siècle. Beaucoup d’érudits bordelais témoignent dans leurs publications de la présence de vestiges, de « cercueils en pierre « (JOUANNET, FERET ou encore A. DUCOURNEAU) Mais ces écrits trouvent sans doute peu d’échos dans la commune. Par contre, vers 1850, la découverte d’un trésor monétaire mérovingien à Montuzet éveille l’intérêt ; le marquis de LA GRANGE en fait l’acquisition et ce trésor fait l’objet d’une communication officielle. En 1883, lors des travaux pour conforter l’église une mosaïque est mise au jour. C’est un événement important qui attire des grands noms de scientifiques, François DALEAU, Léo DROUIN. On vient en calèche de Bordeaux pour l’admirer avant qu’elle soit recouverte. C’est ensuite en 1885 que paraît le livre de l’abbé BELLEMER     « Histoire de Blaye » On y trouve la description de la geste carolingienne reprenant des témoignages écrits et oraux.
En parcourant le village on rencontre des vestiges, la Croix de Faux-Cœur, la margelle du puits de l’ Hers, l’autel de le Patrie ; l’église garde la statue de la Vierge de Montuzet et la châsse contenant les reliques de Sainte Fructose. Dans la mémoire collective, est présent le souvenir du couvent des Lazaristes et du pèlerinage des marins à Montuzet.

 

L’appropriation par les gens du village

L’intérêt pour la présence d’une construction gallo-romaine est relancé dès 1890 par Camille JULLIAN qui fait le lien avec le testament de Saint BERTRAND du MANS, daté de 615 qui parle de son domaine de Plassac près du castrum de Blaye. Le docteur Irène BERNARD, propriétaire du terrain où pourrait se trouver la construction, autorise des fouilles menées par A.PLANCHET, professeur au collège de Blaye et la presse locale se fait l’écho de ces recherches. D’autres fouilles entre les rangs de vigne sont menées par des plassacais passionnés par l’histoire de leur commune, Pierre BERNARD, Denise BLANQUIE, Guy et André MONTANGUON. Mr. GANNE fait des recherches en dehors du site.
D’autres habitants ont le désir de rédiger une histoire de Plassac. En 1954, Denis BERTEAU rédige pour le journal "l'Estuaire Girondin", une étude de la toponymie de la commune. En 1955, c’est Edmond MARCEL qui publie un livre "Plassac à travers les âges" au tirage limité mais acheté par la plupart des vieilles familles du village. Le maire Henri HERAUD prépare un essai qui ne sera pas édité.

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L’élément catalyseur

En juillet 1962, Gabrielle EMARD, professeur au lycée MAGENDIE de Bordeaux, dirige une équipe de la section d’archéologie du Touring-Club de France et vient à Plassac pour  retrouver des vestiges. Le débroussaillage d’une partie du terrain permet la mise au jour de morceaux de colonnes et un sondage atteint une mosaïque. En novembre 1962, la préparation pour une replantation de vigne révèle la présence d’une canalisation et une mission de sauvetage est décidée. A l’été 1963, commence la première campagne de fouilles et  Gabrielle EMARD rédige son premier rapport. Beaucoup d’habitants se passionnent pour cette découverte et des jeunes volontaires viennent renforcer l’équipe de fouilleurs.
Le contexte national va dans le sens de la volonté de défendre le patrimoine de « proximité », au moment où des mesures mises en place par le ministère des Affaires Culturelles, semblent accentuer le contrôle de l’Etat sur ce patrimoine. Ces réformes, mal comprises parfois, entraînent la naissance, pendant les années 1960, de nombreuses associations de défense du petit patrimoine. C’est, dans cet esprit, que naît l’association des Amis du Vieux Plassac.
    

La création de l’association

La déclaration est faite à la sous-préfecture de Blaye, le 20 octobre 1963 et la parution dans le Journal Officiel est datée du 3 décembre 1963. Les statuts ont été rédigés par un conseil fondateur dans lequel on trouve les fouilleurs occasionnels et passionnés, le maire Henri HERAUD, Denise BLANQUIE, Pierre BERNARD, André MONTANGUON. Le directeur de l’école Mr. VILLETORTE, Lucien BERNARD, deux étudiants, Jean-Yves RAYMOND et Joël AUDUTEAU complètent l’équipe qui fonctionne jusqu’en 1970, année où de nouveaux statuts sont déposés, précisant les buts de l’association. Une nouvelle équipe se met en place sous la présidence Denis BERTEAU. Elle intègre de nouveaux membres, tous installés dans la commune : Evelyne HERAUD, étudiante, Mme MONTANGUON,  Pierre PEROLO, chef d’entreprise, Michel BAUDET, propriétaire-viticulteur, Jacques ROY, préfet, Henri CAPDEPON, ingénieur D.D.E., Philippe BOUSSARD, directeur de l’école, Gilbert DESVIGNES, éleveur et Pierre PALASSIN, entrepreneur. Ces passionnés offrent des compétences variées qu’ils mettent au service de l’association.
    

Les activités de 1963 à 1978    

Les administrateurs consacrent l’essentiel de leur énergie, comme le précisent les premiers statuts dans l’article 2,   «à la recherche, la mise en valeur de la villa gallo-romaine ». Et la tâche est importante. Les fouilles continuent sous la conduite de Gabrielle EMARD et en 1972 la direction du chantier est confiée à Jean-Pierre BOST, professeur à l’Institut d’Histoire de l’Université Bordeaux III. Pendant 15 ans, se poursuit donc la mise au jour des vestiges des trois états de construction de ces palais aristocratiques. Il faut d’abord assurer l’intendance, l’hébergement et la nourriture des fouilleurs. Le presbytère permet le couchage, à l’étage, les repas se préparent dans l’ancienne cuisine. La salle à manger sert aussi de pièce de travail pour faire le nettoyage du mobilier archéologique, son tri, les relevés et l’inventaire. Le ravitaillement est assuré par Nicole BEDIN qui tient un commerce dans le centre du village et dont la gentillesse, la bienveillance sont appréciées par tous. Ses factures attendent le versement des subventions sollicitées….
Il faut aussi protéger les vestiges. L’association entreprend des travaux de cristallisation des murs dont les arases sont cimentées, solution provisoire mais indispensable pour éviter une dégradation inéluctable. Un abri métallique est construit pour protéger la mosaïque contigüe à l’église. Pour les autres pavements, la problématique est plus complexe. Il faut enfin évacuer le « terril » de terre qui « orne » ce qui est le jardin intérieur d’un des palais.
Les Amis du Vieux Plassac ne négligent pas pour autant les autres éléments du petit patrimoine communal. Sur les conseils de Gabrielle EMARD, la croix de pierre dite Croix de Faux-Cœur, qui a été renversée par un bouvier et qui gît sur le sol, est restaurée et redressée en septembre 1974. Denis BERTEAU par un article dans « les Cahiers du Vitrezais » en mai 1974, attire l’attention sur l’Autel de la Patrie que l’association a fait restaurer en 1970.
Mais avec l’avancement des mises au jour des vestiges, le mobilier archéologique devient très abondant. C’est pour répondre à ce problème que l’article 2 des nouveaux statuts affirme la volonté de création d’un musée.
    

Un premier dépôt de fouilles.

C’est dans le presbytère qu’est installé le dépôt de fouilles. Gabrielle EMARD, dont on ne dira jamais assez combien fut grand son investissement personnel pour Plassac, transporte ses propres meubles : une table pour effectuer les travaux ingrats  mais nécessaires des archéologues. Dans un grand vaisselier, sont présentés les objets les plus typiques comme les céramiques, les outils, les objets de la vie quotidienne. Dans une enfilade, sont rangés d’autres éléments. Les visites sont organisées mais les conditions de présentation deviennent de plus en plus complexes car le mobilier augmente régulièrement. L’inventaire en 1980 comporte plus de 18000 objets. La sécurité n’est plus assurée. En 1978 la découverte d’enduits peints dans une tranchée-dépotoir datée  du début du IIe siècle nécessite un autre local. Il s’agit de préserver et de restaurer si possible 1,5 tonne de morceaux réunis dans 200 cagettes….


Le conseil d’administration a été renouvelé en mai 1978, à la suite du décès du Président Denis BERTEAU et du retrait de certains membres. La nouvelle équipe décide, le 26 septembre 1979, la construction d’un bâtiment comprenant un musée, une salle de dépôt et un atelier.
    

L’aventure de la construction du musée.         

Un local s’impose ; il s’agit d’un bâtiment en grande partie en ruine, "la grange du presbytère". Il est à proximité du site, il est propriété communale. Son état de délabrement n’arrête pas le projet qui va mettre six ans pour être réalisé….
Le conseil met en place trois commissions dont la composition apparaît dans les tableaux ci-joints:

Jacques BARTHOU prend la tête de la commission « recherche, pédagogie et aménagement intérieur ». Jean-Pierre BOST s’y associe, fait appel à de nombreux universitaires. Le but n’est pas de construire un musée élitiste mais de l’ouvrir à tous, sans négliger le sérieux scientifique. Jacques DUBOURG prend en charge la commission « plan de financement ». Il faut formaliser les liens avec la mairie par un bail emphytéotique. Il faut surtout partir à la chasse aux aides financières car l’association n’a pas de fonds propres  et ses seules ressources sont le bénévolat…. C’est Henri CAPDEPON qui anime la commission « construction » avec les problèmes avec les plans d’architecte, les contraintes du service des Bâtiments de France, les réunions de chantier avec les artisans…


L’ouverture officielle en 1985 ne met pas fin aux travaux. Il faudra d’abord présenter les panneaux de peintures murales restaurées par le laboratoire du CNRS de Soissons, sous la direction d’Alix BARBET en collaboration avec Marie-Odile SAVARIT. Chaque année, des améliorations seront réalisées : mise en place du chauffage pour assurer la conservation des collections, espace audiovisuel pour la présentation des images - la restitution virtuelle de la villa du IIe siècle par exemple -, l’accueil de la « petite » mosaïque, la rénovation complète de l’accueil, l’ouverture d’un nouveau dépôt et la réfection des panneaux didactiques.


    

Les autres activités de l’association

Les Amis du Vieux Plassac ne limitent pas leur action au site archéologique devenu propriété départementale en 1984 et au musée. Ils se préoccupent de la préservation du patrimoine communal, participent à des expositions, à des congrès, colloques, conférences, rédaction d'articles et de publications. Ils mènent des actions culturelles dans le cadre communal. Ils ont participé à des concours, avec succès,  sur le patrimoine comme le premier « Fleuron d’or » décerné en 1998 par le Conseil Général de la Gironde.
L’historien Marc BLOCH a bien expliqué l’importance du travail de mémoire que les associations de défense du patrimoine réalisent. « L’incompréhension du présent naît fatalement de l’ignorance du passé »

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